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TAMPOLLA

1 novembre 2026 · IA & société

Magnifica Humanitas : ce que l’encyclique de Léon XIV dit aux bâtisseurs d’intelligences

Le 15 mai 2026, 135 ans après Rerum novarum, le pape Léon XIV a publié l’encyclique Magnifica Humanitas, « sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle ». Je l’ai lue en ingénieur, en entrepreneur africain et en auteur des Bâtisseurs d’Intelligences. Voici ce que j’en retiens.

Babel ou Jérusalem

Le texte s’ouvre sur deux images. Babel, la tour bâtie dans l’orgueil, avec « une seule langue, une seule technologie, une seule direction ». Et la reconstruction des murs de Jérusalem par Néhémie, où chaque famille reçoit un tronçon de mur. Pour le pape, le vrai choix n’est pas entre un « oui » et un « non » à la technologie, mais entre ces deux manières de bâtir (§ 9).

Cette image parle à l’Afrique. Le modèle de Babel, c’est une intelligence conçue ailleurs, dans une seule langue, imposée à tous. Le modèle de Néhémie, c’est un chantier où chacun apporte sa pierre : nos langues, nos données, nos talents.

Les données comme bien commun

Le passage qui m’a le plus frappé est l’extension de la destination universelle des biens aux « brevets, algorithmes, plateformes numériques, infrastructures technologiques, données » (§ 67). Le pape écrit que la propriété des données « ne peut être confiée uniquement à des acteurs privés » et qu’elles sont « le fruit de la contribution de nombreux acteurs » (§ 108). C’est exactement le premier principe de notre Manifeste : la souveraineté des données.

Les géographies du pouvoir

Au § 109, l’encyclique demande de s’interroger sur « les géographies du pouvoir définissant qui peut entraîner les modèles et qui n’est qu’objet d’entraînement », et de reconnaître « le travail invisible, souvent exploité, qui alimente les modèles algorithmiques ». Je n’aurais pas mieux résumé la situation de l’Afrique : nous fournissons les minerais, les annotateurs et les données, et nous captons presque rien de la valeur.

Désarmer l’IA

Le pape emploie un mot fort : « désarmer » l’IA, c’est-à-dire la soustraire aux monopoles, la rendre « discutable, contestable, et donc habitable » (§ 110). Il refuse aussi qu’une poignée de personnes décide seule de la morale des machines (§ 107), et rappelle qu’aucune décision sur le crédit, l’emploi ou l’accès aux services ne doit être abandonnée à un algorithme dont personne ne répond (§ 102-105).

Ce que j’en tire pour nos projets

  • Dans la banque et l’assurance, chaque décision prise par un agent IA doit rester traçable, explicable et contestable. C’est le cœur de nos certifications CIMA et COBAC.
  • Dans l’architecture des modèles, des protocoles ouverts comme Ankh AI peuvent faire de la production de l’IA un chantier partagé, où ceux qui fournissent le calcul, les talents et les données reçoivent leur part.
  • Dans les politiques publiques, l’appel au discernement collectif et à la subsidiarité rejoint notre demande de stratégies nationales d’IA dotées de vrais budgets.

Croyant ou non, chaque bâtisseur d’intelligences gagnera à lire ce texte. Il rappelle une évidence que la course technologique fait oublier : la qualité d’une civilisation « ne se mesure pas à la puissance de ses moyens » (§ 114).

Le texte intégral de l’encyclique est disponible sur le site du Saint-Siège, vatican.va.

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Serge Destin Tampolla

Serge Destin TAMPOLLA (St. Destin), ingénieur et architecte IA & Data à Douala, auteur de Les Bâtisseurs d'Intelligences. Découvrir ses livres · LinkedIn

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