Quand un producteur de Bafoussam vend sa récolte, combien de temps cet argent circule-t-il dans sa région avant de repartir payer des importations ? Souvent, très peu. C’est la question qui m’a conduit à écrire un livre blanc sur les monnaies locales et complémentaires (MLC) au service du « Made in Cameroon ».

Le constat
Le Cameroun de 2026 combine une croissance modérée (3,3 % selon le FMI), une forte dépendance aux importations et un secteur informel qui occupe l’immense majorité des actifs. Moins de 20 % de la population est bancarisée au sens strict, mais plus de la moitié utilise le mobile money. Le levier existe : il faut s’en servir pour retenir la valeur dans les territoires.
Une MLC n’est pas une monnaie concurrente
La BEAC détient le monopole d’émission du franc CFA. Le livre blanc ne propose donc pas une nouvelle monnaie, mais un instrument numérique adossé au FCFA (parité 1:1, convertible), juridiquement construit comme un bon de valeur ou un système de crédit mutuel. Son but est de stimuler les achats locaux, les filières régionales et l’économie sociale et solidaire.
Trois scénarios, un pilote
- Régional : une MLC par région, gérée localement.
- Thématique : une MLC par filière Made in Cameroon (cacao, café, coton, bois, palmier).
- National complémentaire : un réseau interrégional avec péréquation territoriale.
Le déploiement s’appuie sur les rails existants du mobile money (USSD, QR code) et sur une gouvernance coopérative régionale. Il s’inspire d’expériences éprouvées : le WIR suisse, Banco Palmas au Brésil, Sardex en Italie, l’Eusko au Pays basque et Sarafu au Kenya. La feuille de route 2026-2030 prévoit un pilote dans deux régions avant toute extension.
Une faisabilité conditionnelle
Ma conclusion est prudente : le levier est réel, à trois conditions. Un montage juridique qui respecte le cadre BEAC/COBAC, un adossement technique aux plateformes de paiement existantes, et une gouvernance transparente associant collectivités, entreprises, opérateurs financiers et citoyens.